25/02/10 > 27/03/10

Kara WALKER & Brigitte ZIEGER

Ecole Régionale des Beaux-Arts de Rouen


Man is a Shadow’s Dream
Réunissant des oeuvres de Kara Walker et de Brigitte Zieger, l'exposition  emprunte son titre au fameux verbe du poète lyrique grec du 5e siècle avant J.C., Pindare.
Elle constitue le 7ème volet de la série d’expositions organisée par Jason Karaïndros, artiste et professeur de multimédia à l’École Régionale des Beaux-Arts de Rouen, sur le thème «Guerre et Paix».

Deux démarches artistiques que nous pouvons qualifier d'engagées. Loin du manichéisme, sans militantisme et politiquement incorrectes, les deux artistes nous font visiter chacune à leur manière l'Histoire, oui celle avec un grand H. Attention, «les apparences trompent» et les artistes «cognent». Avec leur esprit critique, leur humour acide et leur ironie les codes sont détournés, les stéréotypes prennent un «sacré coup», les rapports des forces sont décortiqués et renversés, le politique et l'intime s'entremêlent et quand le spectateur croit reconnaître un langage visuel et plastique lisse et réconfortant, il se retrouve joyeusement déstabilisé, voire parfois choqué. Des papiers découpés et animés dans la tradition des ombres chinoises, des silhouettes découpées et collées sur les mur, des films en animation, des performances, des photographies d'avions publicitaires ou des sculptures en pied qui, quand on s'en approche, nous dévoilent leur «face cachée», sont quelques-uns des stratagèmes utilisés pour nous extraire du piège de la beauté dans lequel elles nous ont préalablement jeté afin de mieux nous confronter à la guerre, au racisme, à la domination de l'autre ou à la cruauté.

L'oeuvre présentée de Kara Walker «... calling to me from the angry surface of some grey and threatening sea» (« ... m'appelant de la surface écumante de quelque mer grise et menaçante»), prêtée par le Musée d'Art moderne de la Ville de Paris, est constituée d'une vidéo en couleurs de 9'10" rétroprojetée sur un écran, entourée de silhouettes d'arbre en bois. Ce court métrage de 2007 emprunte aux codes du théâtre d'ombres traditionnel. Par la technique des ombres chinoises, nous assistons à l'inhumation d'une femme noire, puis nous découvrons sa résurrection. Nous assistons à des scènes d'accouplement avec un maître blanc qui scie aussi la jambe d'un l'adolescent. L'esclave unijambiste par la suite met à mort les amants et s'accouple avec la défunte. Un scénario qui pourrait rappeler les écrits d'un Marquis de Sade et nous plonge dans l'horreur de l'histoire de l'esclavagisme aux États-Unis. Mais si l’oeuvre de Kara Walker nous plonge dans l’histoire, elle nous projette tout autant dans l’actualité : «Dès qu’on commence à raconter l’histoire du racisme, on la revit, on crée un monstre qui nous dévore. Mais aussi longtemps qu’il y aura un Darfour, aussi longtemps que quelqu’un dira «Tu n’es pas d’ici», il semble pertinent de continuer à explorer le terrain du racisme». (Kara Walker)

Brigitte Zieger, avec ses «Sculpture anonymes» de 2008-2009, interroge les rapports que nous entretenons avec l'histoire contemporaine. Ces sculptures oscillent entre volumes et silhouettes, entre masses et vides, entre présences familières et ombres. Ces «figures» font partie de notre patrimoine visuel universel de l'histoire récente. Le garçon à la roue le jour de l'indépendance à Alger en 1962, la jeune fille avec la fleur sur sa main tendue face à la police militaire s'opposant à la guerre du Vietnam en 1967 ou encore, l'homme portant ses courses qui arrête la colonne de chars à la place Tian' anmen en 1989 ; extraites de leur statut d'"icônes" et transposées en volume grandeur nature, elles "changent de statut" et induisent une proximité étrange et d'autant plus troublante que dans leur anonymat et dans leur creux elles pourraient quelque part nous contenir. La vidéo «serial self» de 1999, par le jeu de la magie du montage, transforme le modelage, geste de base par excellence du sculpteur, en un geste fatal. Enfin, ses dernières photographies «Détournements» mettent en scène des avions qui à première vue traînent derrière eux de messages publicitaires. C'est en s'approchant que nous nous rendons compte qu'il s'agit d'engins militaires et que les messages de leur banderoles sont des phrases poétiques, des titres d'oeuvres d'artistes.
«On ne sait pas trop qui détourne qui ... le pouvoir les artistes ou les artistes les avions ...» (Brigitte Zieger)
Les paradoxes n'ont pas de tout temps enchanté les philosophes, les scientifiques et les artistes ?


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