12/05/10 > 08/06/10

Fabula Graphica 2

École régionale des beaux-arts de Rouen


« Visions d’un monde mouvant » ou « Visions d’un monde hanté », tels pourraient être les sous-titres de ce second volet de « Fabula Graphica ».

Mouvant, comme le sont actuellement nos repères, qu’ils soient mentaux, philosophiques, géographiques ou politiques. Mouvants comme le sont aussi les dessins d’Abdelkader BENCHAMMA, où la matière du paysage est sujette à des poussées, à des tourbillons, à des explosions et les oeuvres de Guillaume PINARD où le corps humain est « une machine délirante qui passe son temps à imaginer des modèles de stabilité tout en étant soumis à une transformation organique permanente ». Mouvant, comme l’est également l’univers du film d’animation, auquel se sont essayés plusieurs des artistes participant à cette exposition. Hanté, comme le sont les intérieurs petit-bourgeois des grands tirages photographiques de Raphaëlle PAUPERT-BORNE peuplés de figures bitumineuses. Hanté comme l’est notre monde contemporain, tout à la fois par des menaces de dissolution, d’effondrement, et par d’entêtantes réminiscences d’images cinématographiques ou photographiques, d’écrits, de chansons, d’œuvres d’art du passé. Là où Regine KOLLE puise l’essentiel de son inspiration dans la littérature nord-américaine, Pauline FONDEVILA joue allègrement sur le mixage et le montage de multiples citations, tant littéraires, que musicales, cinématographiques ou artistiques. Intitulé « Le Marin perdu », l’installation que nous présentons de cette dernière cartographie littéralement son imaginaire. Dans le cadre de « Fabula Graphica 2 », Virginie BARRÉ opère pour sa part un mix entre l’héritage moderniste du Bauhaus et les représentations photographiques que l’ethnologue Edward CURTIS a réalisé à la même période (dans les années 1920-1930) des dernières communautés d’Amérique. À partir de ces pans de mémoire visuelle qu’à priori tout oppose – si ce n’est peut-être un idéal de vie –un véritable travail de montage et de théâtralisation est engagé.

Dans cette façon qu’ont les artistes de cette exposition de revisiter notre monde contemporain, la fiction vient au secours de la réalité pour nous amener à en questionner ou à en décrypter le sens. C’est particulièrement le cas du « Tourniquet », film d’animation que Jan KOPP a réalisé en 2009 lors d’une résidence sur les Hauts de Rouen. Sont ici présentés les 140 dessins ayant participé à l’élaboration de la séquence centrale du tourniquet. Tour à tour jeu sur lequel gravitent des enfants de tous âges et de toutes origines et cadran d’horloge sommairement esquissé, ce tourniquet constitue un des lieux par lesquels le réel de ce quartier « sensible » se transmue en allégorie. La vidéo performance de Yohann QUELAND de SAINT-PERN qui ouvre l’exposition constitue un autre exemple de fiction : dans un espace blanc, l’artiste coiffé d’un casque rouge de chantier coud un tissu blanc. Il est concentré sur son geste. Allégorie de ce lent travail de recentrement intérieur, de ce chantier du poétique auquel chacun d’entre nous doit s’atteler pour recoudre à sa manière notre monde troublé et versatile. Métaphore qui peut aussi renvoyer, dans le contexte de cette exposition, aux gestes du dessinateur cherchant à inscrire avec son crayon le fil de sa pensée et de sa mémoire, le souffle de son inconscient sur l’espace blanc de la feuille de papier.

Le dernier espace de « Fabula Graphica 2 » est pensé comme un hommage à la revue de dessins « Rouge Gorge » ; y sont notamment mis à l’honneur les travaux de deux de ses fondateurs,  José Maria GONZALEZ (avec un large choix de ses dessins) et Daniel GUYONNET (avec un dessin animé), ainsi que les réalisations graphiques de Yohann QUELAND de SAINT-PERN, ancien étudiant de l’Ecole régionale des Beaux-Arts de Rouen. Les confrontations ménagées au fil des dix numéros de « Rouge Gorge » parus à ce jour constitue une belle démonstration de ce qu’Edouard GLISSANT appelle la « créolisation du monde », à savoir une identité envisagée, non pas sous la forme d’appartenances nationales, de racines et de cultures ataviques, mais comme rhizome, comme racine allant à la rencontre d’autres racines et s’enrichissant de ce contact. Une conception qui rejoint du reste la définition que Pierre REVERDY propose de l’image poétique comme « association d’idées lointaine et juste ». N’est-ce pas en effet en combinant des éléments à priori éloignés l’un de l’autre que l’on crée les conditions de l’imprévisible, qu’il s’incarne dans un dessin ou dans une autre forme d’image?


Ecole régionale des beaux-arts de Rouen
Aître Saint Maclou
186 rue Martainville  76000 Rouen 



Tél. 02 35 71 38 49  

erba.rouen1@wanadoo.fr
http://www.apparaitre-erba-rouen.blogspot.com

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