10/02/10 > 28/02/10

Ecole supérieure des beaux-arts d'Angers

Conférences février 2010


Mardi 2 février - Alain Bublex
Le travail de Bublex commence par le voyage. Déplacement et vision y sont étroitement liés par la combinaison de deux outils également consubstantiels à son activité d'artiste : la voiture et l'appareil photographique. Mais l'œil et le corps en mouvement, tous deux mécaniquement assistés, sont déjà associés dans la voiture elle-même qui est pour lui une véritable machine à vision. (...) C'est cette étrange prothèse qui donne à Bublex les moyens mentaux de travailler ainsi que l'espace physique nécessaire ("Il me semble que nous conduisons des voitures non pas pour nous déplacer, mais pour penser"). Car le déplacement inhérent à la conduite n'est pas pour lui un surplus contingent, mais une condition de la pensée. Celle-ci est donc, pour Bublex, un voyage de l'œil.

Circuler, regarder, penser : cette triple articulation sous-tend son travail. S'il évoque le cinéma et utilise parfois la vidéo, sa vision n'en est pas moins essentiellement discontinue ; elle ne vise pas à restituer le mouvement, c'est même tout le contraire : l'œil isole des morceaux de paysages et les recompose, selon des critères d'association qui n'ont rien à voir avec la continuité physique des territoires traversés. C'est ainsi, par exemple, qu'est née Glooscap, cette ville imaginaire constituée à partir d'un collage d'images réelles et d'invention personnelle, que Bublex situe quelque part au Canada. (…)

Si penser c'est circuler, si circuler donne à penser, il n'y a aucune raison que Bublex limite ses déplacements au voyage automobile et qu'il renonce à chercher partout, y compris sur un plan statutaire, cette souplesse et cette diversité qui lui sont nécessaires. Ainsi considéré, le milieu de l'art est alors pour lui ce que l'automobile est à l'espace, ou la fiction à la diversité des modes narratifs et des mondes : la possibilité de faire communiquer entre elles des exigences, des pratiques, des compétences et des ambitions très diverses, voire parfaitement hétérogènes - celle du designer intéressé par la production industrielle, du touriste qui pense le monde en le parcourant et enfin de celui qui, s'exposant et évoluant dans le milieu de l'art, se verra finalement qualifié d'artiste.
Ainsi chemine la pensée de Bublex ; c'est une pensée pratique et qui procède de proche en proche, utilisant à chaque fois le medium -le mot est à prendre au sens le plus large-, le mieux adapté au cas particulier qui se présente : une pensée pragmatique et ambulatoire ou mieux, déambulatoire, avec tout ce que ce mot induit de désinvolture, de nonchalance et d'humour.
(Extrait de "Une semaine", Luc Baboulet, cat. Projets en chantier, 2001)

 


Ecole supérieure des beaux-arts d'Angers

72 rue Bressigny, 49100 Angers
www.esba-angers.eu



1. legende temporaire

legende temporaire image