09/12/11 > 14/01/12

Vincent Dieutre

La Box, Bourges


Sakis, un tombeau
Dans le cadre de Beyond the Soundtrack, une programmation d’Anne-Laure Chamboissier

Beyond the soundtracks est une programmation conçue par Anne-Laure Chamboissier, commissaire invitée à La Box sur l’année 2011-2012.
Cette programmation réunit, autour de trois temps distincts d’exposition, Vincent Dieutre, Bertrand Bonello et Arnaud des Pallières. Ces cinéastes mènent une recherche sur un cinéma qui bouleverse les codes entre fiction/auto fiction, documentaire et arts plastiques. Tous trois donnent à la musique ou au son un rôle spécifique, primordial, au même titre que celui des images. Non comme artefact mais éléments constitutifs du film, une entité en soi.
Cette programmation explore la problématique du rapport singulier qu’entretiennent ces cinéastes à la musique et au son au travers d’installations diverses. En parallèle sont menés trois temps de workshop avec les étudiants ou d’autres objets : création radiophonique, site web ... sont pensés, créés en lien avec les cinéastes. Une programmation de la filmographie de chacun accompagne ces moments.

Vincent Dieutre
est le premier cinéaste invité à La Box. L’installation documentaire Sakis, un tombeau, conçue spécifiquement pour l’espace d’exposition, est montrée du 9 décembre 2011 au 14 janvier 2012. Dans cette installation le cinéaste enquête à Thessalonique sur la mort d’un de ces amis très cher.
« Tout a changé, évidemment. L’Europe entière bascule dans la crise, et ici en Grèce tout semble en sursis… Je retourne à Thessalonique, trente ans après. Aujourd’hui, je fais des films et l’on m’a invité à en montrer un à l’Olympion. J’ai reconnu l’endroit, la place Aristote… Trente ans après, je retrouve la ville où j’ai été aimé pour la première fois, aimé physiquement, charnellement. Moi, j’étais fou de Sakis… C’est lui qui m’avait choisi, élu, à Paris où il étudiait. À vingt ans, cela ne m’était jamais arrivé. L’été venu, de Paros je l’avais suivi jusqu’à Thessalonique. C’est là que Sakis était né, là où vivaient ses parents. Appartement immense, immeuble récent, il fallait être discrets, se cacher, apprendre à faire l’amour, en douce. C’était drôle, c’était merveilleux… Je ne me souviens plus très bien, ni de la ville, du quartier, ni de l’intérieur cossu et vieillot de sa famille… La mémoire vacille… Je me souviens des yeux : les yeux gris de Sakis qui m’avait choisi. Je longe la Paralia et observe du bateau Thessalonique en crise qui plonge dans la nuit. Aujourd’hui, en ville, tout me fait signe : les halls d’immeubles anonymes, certains visages, certains regards, des sons aussi. Chaque sensation convoque un souvenir concret ou rêvé, réinventé.
Trente ans, c’est long, ce n’est rien. La mémoire flotte, disponible, menteuse. C’était l’été 1981, Mitterrand venait d’être élu en France et Sakis, le beau Sakis aux yeux gris m’aimait, enfin, me désirait. Où ? Dans quelle rue ? Cette entrée toute de marbre et de cuivre me dit quelque chose. Pénétrer un homme, être pénétré pour la première fois, ça compte, ça vous construit… C’était dans le salon, contre le mur… Puis dans la bibliothèque. Je vois des livres, en grec… Les parents dormaient. Quelque chose comme une promesse de bonheur incroyable, une bousculade de possibles. Dans les années 90, j’ai revu Sakis. Il voulait me parler. Nous avons parlé, à Paris. Mais je vivais alors avec Georg, et je n’ai pas compris. Je l’ai éconduit. J’aurais dû le prendre dans mes bras. Il est mort du Sida à Thessalonique, sans tous les soins nécessaires peut-être mais protégé par sa mère. Peut-être est-elle encore là, dans un de ces immeubles mais… Non, ça ne servirait à rien. Tout ce que je peux faire, c’est vous en parler. Élever à Sakis K. qui m’avait choisi, un tombeau de larmes, d’images et de sons.»
(Vincent Dieutre)

Des images de Théssalonique d’aujourd’hui défilent lentement auxquels sont adjoints des fragments de texte. Aux sons de la ville se mêlent d’étranges mélopées entre chants orthodoxes et  musique électronique. La voix de l’artiste tente de faire de l’ordre dans sa mémoire, de dire le manque, la peine… Le travail sur le son tourne autour de la question de la voix off (aspect essentiel dans tout son travail filmique), non comme élément participant du commentaire mais constituant du film. La voix est traitée comme un plan au même titre que la musique et les images.
Dans le cadre du workshop, les étudiants sont invités à s’emparer de la matière audiovisuelle de l’installation afin d’envisager une forme purement sonore. L’actrice complice du cinéaste Françoise Lebrun participera à ce processus de travail début décembre. Cette création sonore sera diffusée sur les ondes de Radio Radio à la mi janvier 2012.

Le mardi 6 décembre aura lieu une soirée de projection avec le film de Vincent Dieutre EA2 (2e exercice d’admiration : Jean Eustache) et Crazy Quilt de Françoise Lebrun (2011). Dans EA2, le cinéaste relit à sa manière, en compagnie de Françoise Lebrun, actrice du film mythique de Jean Eustache, une des scènes les plus fameuses de La maman et la putain.  Dans Crazy Quilt, Françoise Lebrun décide de revivre son premier voyage en Angleterre, pays des découvertes et des émerveillements originels, pour retrouver sa correspondante britannique à qui elle écrit depuis plus de 50 ans. Au cours de ce road movie bercé par une correspondance franco-britannique, les souvenirs se joignent au présent pour ne faire qu’un seul et même patchwork. Voyage dans l’univers intime d’une comédienne, mais voyage à la découverte d’un pays si proche et si loin à la fois.

Vernissage le 8 décembre 2011 à 18h


Galerie La Box
9, rue Édouard-Branly
18000 Bourges cedex
Tél. +33 (0)2 48 24 78 70
la.box@ensa-bourges.fr
http://box.ensa-bourges.fr

Ouvert tous les jours de 14 h à 18h sauf dimanches et jours fériés.
Les lundis sur rendez-vous

1. legende temporaire

legende temporaire image