10/12/09

Les revues d’artistes

Conférence de Marie Boivent


 

Les revues d’artistes

Conférence de Marie Boivent, enseignante à l’université Rennes 2, co-fondatrice des Editions Provisoires
Centre Culturel Colombier, Rennes – 10 décembre 2009-12-11

 

L’art connaît de profonds changements au début des années 1960, provoqués notamment par une réaction critique de nombreux artistes qui, depuis plusieurs années, se sentent en profond décalage avec ce qu’il est devenu. Face au commerce de l’art et de ses objets, bien souvent compris comme de simples « marchandises de luxe », mais également face au peu de place laissée à des pratiques ne correspondant pas aux règles déterminées par les institutions, ces artistes ont cherché des moyens pour répliquer.

L’une des solutions envisagées vise à rétablir un rapport plus direct au spectateur, à proposer des œuvres qui, parce qu’elles ne coûtent rien ou presque, puissent être réalisées et diffusées par les artistes eux-mêmes, aussi loin que possible, à grande échelle, et sans intermédiaire. L’envoi postal s’impose alors comme moyen de diffusion, et la forme imprimée comme le médium idéal : légères à envoyer, les « œuvres-papiers » sont bon marché, et, d’un point de vue technique, faciles à produire et à reproduire, notamment grâce à l’évolution moderne des moyens de reproduction.

Un grand nombre de revues d’artistes voit alors le jour. A la différence des revues d’art, elles sont à appréhender comme pratiques artistiques à part entière, et non comme un support d’informations concernant des pièces qui existeraient « ailleurs ». Elles permettent dès lors aux artistes d’établir d’importants réseaux entre eux, de travailler ensemble d’une manière inédite (et au-delà des frontières disciplinaires) sur des projets de plus ou moins longue durée : les revues sont souvent collectives et, par principe, prévues pour constituer une série. Elles induisent en outre une modification profonde de la relation de l’œuvre au spectateur, qui peut alors la recevoir et la parcourir directement chez lui, à son rythme, voire y participer à son tour.

 

Revues citées :

SEMINA, édité par Wallace Berman. 9 numéros entre 1955 et 1964. USA

S.M.S., édité par William Copley et Dimitri Petrov. 6 numéros de février à décembre 1968.

USA  FILE, édité par le collectif General Idea (AA Bronson, Felix Partz, Jorge Zontall). 29 numéros entre 1972 et 1989. Canada

COMMONPRESS, projet initié et coordonné par Pavel Petasz. Environ 64 numéros entre 1977 et 1990. Pologne

EXIT puis LAST EXIT, édité par Antonio Tregnaghi. 7 numéros entre 1980 et 1983. Italie

ME MAGAZINE, édité par Carlo Pittore. 7 numéros entre 1980 et 1987. USA

CLOACA MAXIMA, édité par Ernest. T. 25 numéros entre 1985 et 1988. France

PERMANENT FOOD et CHARLEY, édité par Maurizio Cattelan et associés. Respectivement 15 numéros depuis 1995 et 5 numéros depuis 2001. Italie

L’INVENTAIRE, édité par Estelle Fredet, Thierry Crombet, Valérie Jouve, Nicolas Chesnais. 6 numéros entre 1994 et 2005. France. France

OXO, édité par Pascal Le Cocq. Environ 50 numéros depuis 1996 (500 numéros virtuels). France

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