25/02/15 > 12/04/15

MATT WILSON

L'Atelier, Nantes


This place called home

Une découverte, Matt Wilson

À différents moments de son histoire et surtout dans les périodes de mutation d’un art il se trouve toujours un créateur pour se ré-emparer des paramètres fondamentaux, ses procédures spécifiques, pour imposer son oeuvre. Cette certitude se trouve de nouveau confirmée par les petits tirages couleurs de Matt Wilson.
D’origine américaine on se serait tenté de l’envisager comme le successeur de l’école New color new works tant la couleur apparaît essentielle dans la séduction immédiate de ses images. Mais il est vrai aussi que la taille restreinte, traditionnellement photographique de ses tirages nous invite à une lecture intime de ses petites formes parfaitement composées.
D’autant que s’il emprunte ses sujets au quotidien ses images d’une Amérique apaisée sont à l’opposé de la nullissime école européenne du banal. Chacune travaillant des paramètres techniques tels que profondeur de champ, contrejour, lumière d’ambiance sans flash les met au service d’une rencontre qui pourrait le début d’une aventure, d’une amitié ou d’une autre péripétie humaine. Chaque rencontre potentielle, lieu ou personne, est renforcée par la légende qui accompagne toujours l’image singulière ou la série pour susciter notre imaginaire.
Photographié par lui chaque lieu - routes, espaces improbables ou demeures – semble chargé d’histoire personnelle. Les ensembles d’images constitués marquent les temps privilégiés de ces rencontres, mais toutes les images sont produites pour être vues seules, sans les tics du sériel, et toutes cependant participent d’une même vision.
On retrouve dans une palette colorée pleine de sensualité une proximité aux sujets que Debbie Flemming Caffery a su saisir dans ses noirs charbonneux. On sent une familiarité avec la pratique d’un Alec Soth, sans l’efficacité programmatique du style Magnum, c’est à dire avec une légèreté qui fait oeuvre hors de toute tactique, avec la modestie des grands.

(Christian Gattinoni)


A l’instar des carnets de voyages de l’anglais Bruce Chatwin qui nous ont livré une vision incroyablement sensible et humaniste d’un monde aujourd’hui à jamais perdu, l’errance photographique de Matt Wilson, lui aussi globe-trotter anglo-saxon, produit parfois quelques images des différents pays qu’il parcourt sans à priori, et selon l’humeur et les rencontres.
Peu nombreuses certes, mais si particulières, ces photographies modestes, voire anodines, dans leur sujet sont, de plus, présentées - à l’encontre des tendances actuelles de la photographie contemporaine -, dans de si petites dimensions que nous sommes obligés de nous arrêter pour les scruter de plus près.
L’image est la plupart du temps quelque peu endommagée à cause des films parfois hors d’usage que l’artiste utilise. Le résultat visuel est opalescent avec un grain très présent et une lumière décadente provoquant des zones d’ombres intimistes dans les scènes nocturnes ou un rendu charbonneux et embrumé dans les paysages diurnes.
Cette technique de prise de vue « aléatoire », qui intègre l’accidentel à la vision photographique, fonde le langage de Matt Wilson. Tout ceci finit par nous troubler la vue pour, petit à petit, nous aimanter et nous faire basculer dans un univers poétique et hors du temps. Au fur et à mesure, cette écriture structure l’ensemble par une trame visuelle, vaguement narrative, qui nous mène dans des contrées fictionnelles à la limite d’un rêve éveillé.

Le regard de Matt Wilson nous transporte ainsi hors de toute époque précise. Parfois on pourrait se croire devant un paysage breughélien ou encore face à une description romantique issue d’une page de littérature anglaise du XIXème ; tandis qu’il sait aussi nous transplanter, presque brutalement, dans une rue coupe-gorge ou nous mêler à un combat de boxe d’enfants noirs, alors même que notre oeil tente d’attraper la vision fugace d’une vielle automobile américaine… Autant de situations quasiment irréelles qui ne sont pas sans rappeler l’atmosphère des films américains des années soixante.
A l’évidence, Matt Wilson ne souhaite pas tant rendre compte de la réalité que d’un instant tel qu’il l’a rêvé ou ressenti, plutôt que vu ou vécu. Une sorte d’inframince photographique d’où surgit un espace-temps infime rempli d’un sentiment d’éternité associé à une sublime fugacité. Et pourtant, il s’agit bien d’un simple cliché né d’une rencontre presque banale avec l’humain et le paysage qui l’entoure.
Matt Wilson a photographié un peu partout en Europe, à commencer par son pays natal, l’Angleterre, mais aussi en France, pays avec lequel il a ses affinités, sans omettre les pays de l’Est où il retourne encore fréquemment entre deux séjours à Cuba. Plus récemment, il a fini par désirer parcourir son nouveau territoire : les Etats-Unis où il habite depuis une dizaine d’années. Il aurait pu avoir peur de toucher à cette histoire là, tant les photographes américains s’en sont déjà magnifiquement chargés. Mais là encore, il nous livre une vision étonnante qu’il dévoile par des instantanés de paysages et d’hommes brulés par un soleil qui finit, quand même, par se coucher sur
ce vaste paysage pour créer des moments ineffables qu’on pourrait se duper soit même et y voir de l’aquarelle.

Nous pourrions alors qualifier ce travail de « métaphore picturale » voire de dérive purement pictorialiste si les personnages de Matt Wilson n’étaient pas si ancrés dans leur époque et dans leur quotidien, certes parfois indigent,. Car quelque part, si Matt Wilson nous livre ce qu’il voit à travers un prisme poétique, il est aussi reporter et rend compte de notre société contemporaine par ses sujets souvent crus qu’il traite toutefois sans tragique ni misérabilisme. Son regard attentif est plutôt bienveillant voir emprunt d’une légèreté tragi-comique qui sous-tend toute l’ampleur d’une pensée profondément humaniste.

(Christine Ollier, Paris, février 2012)

En partenariat avec la galerie Confluence (Nantes) et la complicité de la galerie Les Filles du Calvaire (Paris)

Deux visites commentées par Sarah Moyon, conférencière d'art, seront organisées à l'Atelier, le mercredi 4 mars et le samedi 4 avril 2015 à 15h00

La galerie Confluence exposera, en parallèle, This place called home du 24 février au 11 avril 2015.

 

L'Atelier
1, rue de Chateaubriand  44000 Nantes

Du mardi au samedi de 13h à 19h
Le dimanche de 10h à 15h
Fermé les lundis et jours fériés

1. legende temporaire

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