23/03/14 > 08/06/14

Anissa Michalon, Claire Soton

Le Point du Jour, Cherbourg


Natifs de Bada
Récit d'une émigration malienne


Bada, au Mali, est un village d'ethnie soninké appartenant au Gadiaga, territoire où l'émigration des hommes s'inscrit dans une histoire séculaire, celle du commerce saisonnier autrefois dirigé vers la boucle du Niger, le Sénégal et la Gambie. Proche de la frontière sénégalaise, situé sur la rive gauche du fleuve Sénégal et à trente kilomètres à l'ouest de la ville de Kayes, le village compte aujourd'hui huit cents habitants pour cinquante familles. Une trentaine d'hommes ont émigré en Île-de-France.
Les deux tiers d'entre eux résident au foyer de l'Association pour l'accueil et la formation des travailleurs migrants (AFTAM, aujourd'hui remplacée par l'association COALLIA), rue Rochebrune, à Montreuil en SeineàSaint-Denis où se concentre la plus importante communauté malienne vivant en France. Dans la chambre 77, le lit qu'occupait un père revient à son fils, qui le cède à son tour à un frère. Leur salaire est nécessaire à la survie du village.

En 2004, dans le cadre d'une commande collective, nous avons engagé un travail avec des résidents du foyer Rochebrune. Une séquence de diapositives présentée dans l'exposition « Projection d'un territoire », à la Maison populaire de Montreuil associait deux espaces (le foyer et le village) et deux communautés (les migrants et les villageois), à travers le récit autobiographique du personnage de Sékou Bathily. Plus que la figure de l'immigré résidant sur le territoire français ou que les questions de l'intégration, nous souhaitions interroger le processus migratoire et la présence des Maliens en France au-delà de l'héritage colonial, dans une actualité, celle de la mondialisation.

Étant donné la force et la permanence des liens multiples (familiaux et économiques) que les émigrés entretiennent avec leur village, nous avons souhaité nous rendre à Bada, au Mali, une première fois, en août 2005. Soutenues par l'ambassade de France au Mali, nous avons pu séjourner à nouveau à Bada, Kayes et Bamako, en mars-avril 2006, en janvier-février 2007, en juin et octobre 2009.
Lors de nos séjours, nous étions accueillies par la famille de Sékou Bathily. Au fil des retours, les liens se sont renforcés. D'une fois à l'autre, nous rapportions des épreuves de nos images. Dans cet échange, notre identité de photographes s'est progressivement composée au regard des membres de la famille. Petit à petit, nous avons pu étendre le terrain de nos prises de vue à d'autres groupes de personnes dans le village, en photographiant leurs activités.
La durée du travail nous a permis de documenter les changements dans la vie de nos amis et ceux de la structure du village. Bien qu'elle s'appuie sur des hiérarchies familiales et villageoises traditionnelles, la migration érode ces valeurs et transforme progressivement les rapports sociaux.
Aujourd'hui, pour la première fois, l'ensemble de ce travail prend forme dans une exposition. Les prises de vue ont été faites entre 2004 et 2009, mais nos liens avec les Bathily se sont maintenus jusqu'à aujourd'hui. Les images ne peuvent dire les récits de vies dont elles sont porteuses. Des entretiens se sont échelonnés dans le temps de l'enquête, répondant à notre désir de comprendre les motivations profondes de l'exil et ses répercussions. Il nous a semblé important qu'ils soient en partie reproduits dans le journal qui accompagne l'exposition pour informer les images et leur montage.
Anissa Michalon et Claire Soton

Vernissage le samedi 22 mars à 18h
Rencontre avec Anissa Michalon et Claire Soton le dimanche 23 mars à 15h



Le Point du Jour
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Tél.  +33 (0)2 33 22 99 23  
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Mercredi, jeudi et vendredi, de 14h à 18h
Samedi et dimanche, de 14h à 19h

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