15/03/10

Claire Soubrier

Photographies, dispositifs. Portraits, corps


Photographies, dispositifs. Portraits, corps

A l’occasion du vernissage de l’exposition Fait d hivers, à Nantes, à l’atelier Alain Lebras, le 5 février 2010, Claire Soubrier avait mis en place Being Varnish : un dispositif photo reprenant les objets et la disposition d’un comptoir de café accueillant, en l’occurrence, le public du vernissage. Ce dispositif lui a permis de produire une série de photos : des « portraits » : des portraits individuels de participants à ce vernissage, mais d’une certaine façon détachés du contexte de la soirée, et des portraits de groupe, les participants au vernissage « mettant en scène » la soirée.

Ce dispositif s’inscrit dans une série de travaux que Claire Soubrier développe depuis quelque temps : déjà : Crinières, Architectonie, Samouraï, Bustes, en 2008, A l’ombre des jeunes filles en fleurs,  Vernis, Boîtes, Collet, Five Minutes Sculptures, Facing Landscape, en 2009.

Les dispositifs mettent en jeu des objets (Samouraï, A l’ombre des jeunes filles en fleurs), des éléments de mobilier (Boîte), des dispositifs (Bustes, Vernis, Five Minutes Sculptures, Facing Landscape ) . Certains de ces objets, les « chapeaux » notamment, pourraient, à la limite, constituer en eux-mêmes des pièces quasi autonomes. Mais en réalité, et même si un grand soin est apporté à leur réalisation, ils n’ont pour finalité que d’être appropriés, activés, par celles et ceux qui vont les porter, les occuper, … et être photographiés !

Plusieurs photographies couleurs sont produites à partir des prises de vues, constituant en quelque sorte une galerie de portraits.
Mais ces portraits ne nous informent guère sur les personnes présentées : on perçoit plutôt que le changement de situation que leur propose Claire Soubrier les transforme et leur montre à eux-mêmes une personnalité qui n’est pas celle de l’ordinaire, du quotidien. La « performance » produite par ces « acteurs » les transforme en objets, en sculptures vivantes.

Claire Soubrier dit : « le portrait est le point d’amorce, la matière première de mon travail… Je me sers du visage comme surface, j’y viens inscrire ma vérité… Je photographie des personnes qui me ressemblent et grâce auxquelles je tente de me tirer le portrait. Ce sont les personnes de mon entourage ou celles que je rencontre. En utilisant les personnes de mon quotidien, des gens ordinaires, j’essaie de créer de l’extraordinaire… Mes images sont en apparence lisses, esthétiques, oscillant entre l’art et la publicité.  Ces systèmes de représentation… sont la voie la plus sûre pour que tout un chacun puisse s’identifier. Je mets en relation des éléments que nous n’avons pas l’habitude de voir ensemble… Je les mixe, révélant une image que l’on ne soupçonnait pas ».

Le travail de Claire Soubrier peut se lire à plusieurs niveaux.

C’est, bien sûr, un travail sur le portrait, mais sans être « documentaire » : les portraits ne montrent pas des individualités, mais plutôt des personnages transformés par des situations.
Dans ces portraits, le corps est souvent très présent, même lorsqu’il est peu visible, ou caché – mais en fait dévoilé – par le dispositif. Ce qui n’est pas sans évoquer le masculin et le féminin.

C’est un travail qui a peut être à voir, pour l’instant, plus avec la sculpture qu’avec la performance, dans la mesure où, ce qui compte finalement, c’est les formes qui se dégagent des actions plus que les actions elles-mêmes. Des travaux comme Crinières, dans lesquels des mains de femmes « encadrent » un visage d’homme, et d’autres travaux plus récents, témoignent à cet égard d’une recherche en cours de développement.

C’est un travail qui met en jeu l’individuel, mais aussi le collectif, le lien social : Claire Soubrier photographie des personnes avec lesquelles elle a une certaine connivence, qui acceptent de se prêter au jeu qu’elle leur propose, d’endosser un rôle qui n’est pas forcément le leur et qui trouvera sa place dans un ensemble.

Et, finalement, peut-être que tous ces œuvres nous donnent les éléments d’un auto-portrait, celui de l’artiste…

(SJ)

 

Claire Soubrier
ClaireSoubrier@yahoo.fr
http://www.clairesoubrier.com

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