24/10/13 > 24/11/13

Des territoires et des hommes

L'Atelier, Nantes


La collection de photographies contemporaines du Musées de la Roche-sur-Yon

Les origines d’une collection atypique :

La collection de photographies contemporaines du Musée de -sur-Yon comporte aujourd’hui 190 œuvres, des années 1970 à aujourd’hui, avec la particularité d’être axée sur la photographie dite « plasticienne », c’est-à-dire des œuvres réalisées par des artistes utilisant le médium photographique pour créer des « images fabriquées ».
Cette collection, atypique en Pays de la Loire et même en France pour un musée de taille modeste, s’est constituée à partir de 1983, sous l’impulsion d’Yves-Michel Bernard, puis s’est largement enrichie grâce au volontarisme d’Anne Dary qui a fait acheter la plupart des pièces désormais historiques de la collection.

Le choix de la photographie, au début des années 1980, était à la fois audacieux et astucieux. La ville de La Roche-sur-Yon souhaitait à cette époque renouer avec les acquisitions d’art contemporain, mais encore fallait-il trouver sa place dans le réseau des musées régionaux. Les musées les plus proches – musée d’art et d’histoire de Cholet, Musée de l’Abbaye Sainte-Croix, des Sables d’Olonne – avaient déjà opté pour des orientations artistiques spécifiques : l’abstraction géométrique pour le premier ; la figuration libre pour le second. Par ailleurs, le musée de La Roche-sur-Yon disposait de locaux et de moyens contraints, il fallait donc se montrer imaginatif. Le choix de la photographie défendu par les conservateurs, et soutenu par les élus, se voulait avant-gardiste ; la photographie était alors le nouveau terrain d’expérimentation d’un certain nombre d’artistes qui y voyaient une alternative intéressante à la peinture, permettant de rester dans le champ de la figuration et de la narration, tout en travaillant à partir d’un médium moderne.

Les œuvres acquises durant les années 1980-1990 sont aujourd’hui des pièces historiques ; et de nombreux artistes présents dans la collection du musée de La Roche-sur-Yon, comme Andy Warhol, Jeff Wall, Cindy Sherman, Thomas Ruff, Andreas Gursky, Christian Boltanski, Annette Messager, etc., sont également représentés dans les grandes collections publiques françaises (le Musée national d’art moderne – Centre Georges Pompidou, le Fonds national d’art contemporain, de nombreux Fonds régionaux d’art contemporain, etc.) et étrangères (Tate Modern de Londres, MoMA de New York, Whitney Museum of American Art, Ludwig Museum de Cologne, etc.).


La constitution d’une collection autour des « image fabriquées » :

Au départ, les achats furent très liés aux expositions (Jean Le Gac, Boyd Webb, Georges Rousse, etc.) ; puis, progressivement, la constitution de la collection se fit plus rigoureuse dans son propos, centrant les acquisitions sur l’exploration des différents aspects de la photographie plasticienne.
Ce type de photographie résulte d’un travail de conception avant réalisation et entretient le même rapport à l’espace d’exposition et au spectateur que la peinture (à la différence de la photographie de reportage plus dépendante du hasard, souvent liée à l’actualité et confrontée au support écrit). Certains artistes présents dans la collection utilisent exclusivement le médium photographique comme Jeff Wall, Cindy Sherman, Thomas Ruff ou Jean-Louis Garnell ; d’autres ne pratiquent la photographie qu’occasionnellement ou sont venus à la photographie par la peinture ou la sculpture.
Au cours des années, les acquisitions ont ainsi rendu compte de l’évolution des pratiques photographiques et des différentes tendances de la photographie plasticienne : rapport art conceptuel-photographie (La Rivoluzione siamo noi de Joseph Beuys, 1971 ; Hand Show de Robert Filliou, 1967 ; Mobil : on the right track de Hans Haacke, 1980 ; Barbara Kruger, 1986), réflexion sur le médium même de la photographie (Hauteville de Patrick Tosani, 1983) et sur l’objectivité photographique (Ecole de Düsseldorf – Thomas Ruff, Andreas Gursky, Axel Hütte), développement de la photographie « mise en scène », de l’autofiction et des « mythologies personnelles » (The Director de Clegg & Guttmann, 1987 ; Annette Messager, Les attaques, les défenses, 1973 ; Les Tombes n°27 Father/ Mother de Sophie Calle, 1990 ; Après la vague de Paul-Armand Gette, 1985) et enfin questionnement sur le paysage photographique (Ger Dekkers, John Davies, Hamish Fulton, Sophie Ristelhueber, Ian Wallace, James Welling, etc.).

Les œuvres héritées de ces premières années d’existence de la collection photographique forment le socle des futures évolutions de la collection, selon les grands thèmes précédemment développés : la photographie de mise en scène, autour de l’intime, la question du paysage, les réflexions sur les caractéristiques propres au médium photographique. La plupart des pièces de la collection ont été acquises au bon moment, alors que leurs prix étaient encore abordables ; aujourd’hui, constituer une telle collection serait impossible pour un musée comme celui de La Roche-sur-Yon.

Les évolutions de la collection :

Après quelques années sans politique d’acquisition, le musée a renoué depuis le début des années 2000 avec les achats de photographies. Sont ainsi entrées récemment dans la collection du musée des œuvres d’artistes français importants tels que Philippe Ramette (Paresse irrationnelle, 2006) et Corinne Mercadier (Le Huit envolé, retable, 2008).
Les acquisitions récentes se sont plus particulièrement organisées selon deux grandes directions, reprenant les grands axes développés par la politique d’achats des années 1980-1990 : le questionnement sur le genre du paysage et le travail sur les modes de prise de vue particuliers, renouant avec l’intérêt originel pour les « images fabriquées ».
La collection s’est ainsi enrichie des paysages urbains de Stéphane Couturier (Buk-Gu-Séoul, 2001), de Béatrix Von Conta (série Tel quel, 1999-…) qui aborde la question des transformations du paysage par l’intervention humaine, mais également des travaux sur le paysage de Darren Almond (série Until MMXLI), Anne-Lise Broyer (Au Roi du Bois, Mont-Blanc), ou encore Eric Poitevin (Chênes couchés, Panoramique). Le travail sur l’image numérique est représenté par une œuvre de Mathieu Bernard-Reymond, Vous êtes ici n°8 (2002), tandis que l’emploi du procédé archaïque de la camera obscura sert de dénominateur commun aux œuvre de Vera Lutter (Looking North, 545 Eighth Avenue, New York City, February 12, 1994) et Gabor Osz (Constructed View #9, 2004).

Lancée courageusement au début des années 1980, l’attention portée à la photographie contemporaine fait encore aujourd’hui l’originalité de la politique du musée de La Roche-sur-Yon ; l’enthousiasme pour ce jeune médium de 150 ans est toujours au rendez-vous – la fréquentation encourageante des expositions de photographie des dernières années – Karen Knorr et Constant Puyo en 2009, Alain Dévergnes en 2010, Anne-Lise Broyer en 2011, et enfin Cosa Mentale, Paysage(s) en 2012, l’illustre.
Il ne nous reste plus qu’à le faire savoir.

Hélène Jagot, Directrice du musée de La Roche-sur-Yon



L’Atelier
1 rue de Chateaubriand  44000 Nantes  

Ouvert du mardi au samedi de 13h à 19 h
Et le dimanche de 10h à 15h

Visites commentées
Mercredi 13 novembre, samedi 16 novembre, samedi 23 novembre 2013
à 16 h

1. legende temporaire

legende temporaire image