22/03/13 > 27/04/13

Gilgian Gelzer

ESADHaR, site de Rouen


Editer la peinture II

« Je ne m’intéresse plus qu’au monde comme juxtaposition – celui de la poésie, de la peinture. »
(Michel Houellebecq, La Carte et le territoire, Paris, Flammarion, 2010, p. 259)

Le cycle d’expositions « Editer la peinture » est organisé dans le cadre du Laboratoire de Recherche Edith de l’ESADHaR qui dresse un état de la micro/auto-édition d’artistes à partir des années 1980 ; il s’agit au moyen d’une exposition par an d’interroger des œuvres éditées constituant, par le croisement de la peinture avec la photographie et l’objet, non un prolongement mais un questionnement du médium pictural, et de son aura, et proposant un nouveau rapport de la peinture à l’édition.

Alors que le premier opus rassemblait les travaux de six artistes participant à la manifestation « La Fureur de l’éternuement », autour notamment des propositions d’Heidi Wood, le deuxième est aujourd’hui consacré à Gilgian Gelzer, artiste suisse né en 1951 installé depuis les années 1970 à Paris, peintre auteur de nombreuses éditions dans lesquelles la photographie tient une place importante, en particulier dans deux livres réalisés en collaboration avec documentation céline duval en 2010.

Ces livres tirés à 1000 et 800 exemplaires rassemblent pour l’un des photographies de l’artiste, prises, dit-il, en amateur (photographies saisies souvent depuis l’avènement du numérique avec son téléphone portable), parfois modifiées (sens, couleur), et pour l’autre des photographies noir et blanc trouvées aux puces à Paris – dans la logique du travail de Céline Duval qui, sous le nom de documentation céline duval, collecte, classe et édite des photographies, les utilisant « comme un peintre ses pigments »[1]1.Céline Duval, colloque « Teaching / learning photography » organisé par le FRAC Haute-Normandie, Rouen, 29 mars 2012. Economie et circulation / absence d’autorité – petit format (21 x 14,8 cm) -, alors que la peinture de Gelzer est touchée par le doute. Il s’agit, comme avec ses cartes postales (2008) et la boîte en métal Réservoir où se mêlent photographies et croquis [2]2.En collaboration avec l’artiste Paul Van der Eerden, qui a opéré les choix, aux éditions Stichting Blanco, Rotterdam, 2001. (écho à celle, verte, de Duchamp), de donner une vraie place à tout ce qui se situe en marge du travail de l’atelier, à ce qu’il désigne lui-même comme des notes / footnotes, photographies et dessins, innombrables et rangés, classés dans des boîtes, des albums, soumis à de nombreuses expériences (éléments parfois découpés, pliés, agrandis) – ainsi Ondes, de 2010, livre réalisé à partir de dessins et de morceaux d'un catalogue d'exposition (L'art dans les chapelles, 2009).

La photographie chez l’artiste, qui n’est exposée que depuis 2001 et toujours en format standard, ne constitue pas un modèle pour les autres médiums mais « une mémoire brute » [3]3.Conversation avec l’auteure à l’atelier, 19 novembre 2012. qui participe du travail mémoriel (quelque chose de fixé, figé) propre à la création de Gelzer, où il s’agit de mettre le réel, ressenti, à distance, avec humour et, aussi, gravité. Elle n’engage pas la même temporalité que la peinture, ni le même rapport au monde – l’œuvre peint (à l’acrylique) et dessiné (avec graphite et crayons de couleur, sur papier et sur le mur), sans titre, est abstrait, longtemps lié au corps en écho à la peinture américaine (de De Kooning à Brice Marden) et à l’art brut (on pense à Madge Gill), la photographie, où les corps sont absents ou sans visage (silhouettes, figures de dos, statues), est figurative, de paysage (avec des titres renvoyant à des lieux). L’artiste présente souvent ces différents médiums sur le même plan, mêlant sur le mur peinture, photographie et dessin. Dans la circulation d’un médium à l’autre une autre réception devient possible : « C’est une question de langage, comment on trouve des équivalences, des traductions. » [4]4.Ibid., déclare l’artiste traversé lui-même de différents pays et langues – dans le projet avec documentation céline duval devraient s’ajouter aux deux livres existant d'autres sur peinture et dessin pour former un coffret, chacun désigné par le même nom, « cahier »,  mais dans une langue différente, espagnol, anglais, français et allemand - cuaderno / booklet pour les deux premiers. Au contact, les médiums deviennent à la fois moins et plus figuratifs, l’artiste déclarant sur la photographie : « Quand je fais une photo c’est parce qu’un lieu ou un moment m’ont fait douter de la réalité. » [5]5.Entretien avec Olivier Kaeppelin in Gilgian Gelzer. Face time, FRAC Auvergne, Le 19 Centre régional d’art contemporain, Musée de l’abbaye Sainte-Croix, Ludwig Museum de Coblence, 2004, p. 44., et disant en peinture son admiration pour l’artiste pop James Rosenquist. Un montage, mot essentiel pour entrer dans ce travail, construit : le monde comme juxtaposition, donc.

Lucile Encrevé

Vernissage le 22 mars à 17h
Conférence de l’artiste à 15h


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Aître Saint-Maclou
186, rue Martainville  76000 Rouen
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