18/01/13 > 02/03/13

Adelaïde Ivanova

Passerelle, Brest


Celui qui dit voir la beauté dans la vieillesse est un menteur. Où est la beauté, quand les cellules ne se régénèrent plus, quand marcher devient de plus en plus difficile, quand les articulations sont douloureuses, quand la peau perd de son élasticité, quand la mémoire et la vue déclinent et quand les activités quotidiennes sont accomplies au prix d’efforts extrêmes ? La sénescence, vu de l’extérieur, est rarement un modèle de beauté – ni un événement, ni un genre esthétique.

Très souvent, les portraits des personnes âgées ne montrent pas le présent, mais le passé. Et le passé se traduit par les rides, les lignes profondes creusées dans la peau, ou bien encore par les insignes reçues tout au long de la vie, ce à quoi on est arrivé : les signes d’un statut social, d’une éducation, de richesse ou de pauvreté. L’image de la vieillesse est généralement l’image de ce qui a disparu, où le présent est la somme du passé. Il n’est pas rare d’équilibrer négativement, voire davantage, ce qui a été transfiguré.

Les photographies prises par Adelaide Ivánova de sa grand mère montrent quelque chose d’unique : la simultanéité entre l’intimité extrême, le rapprochement, et la distance respectueuse et affectée.
Adelaide de Queiros Silva est née le 16 novembre 1921 à Gravata de Jaburu, dans le « Sertao », le semi-désert brésilien, célèbre pour sa pauvreté. Elle a donné naissance à 16 enfants, dont 14 ont survécu à l’enfance. Elle les a élevé pratiquement seule suite à la faillite de son mari, propriétaire d’une petite épicerie. Elle vit à Recife, une ville loin de la prospérité.
Elle s’est battue une grande partie de sa vie pour ses enfants, et en considérant les différentes catégories sociales de la population brésilienne, cette lutte a porté ses fruits : tous ses enfants ont étudié et la plupart ont fondé une famille. Et ceux qui sont toujours là reviennent toujours la voir.

Les images d’Adelaide Ivánova ne montrent pas sa grand-mère au milieu de ses 27 petits-enfants et 8 arrières petits-enfants. L’œil ne se pose pas sur ses réussites apparentes. Au lieu de cela, les images montrent une femme qui, avec ses 91 ans, lutte toujours pour l’avenir et l’organisation de son existence. Une femme qui prend soin d’elle, se rase, se met du vernis à ongles, qui fait de la gymnastique, son ménage, qui se pare.

Les photographies s’inscrivent profondément dans l’espace privé. Mais l’objectif garde une distance raisonnable, suffisante, pour laisser une interprétation des espaces eux-mêmes. Se sont souvent des demi-portraits qui montrent un corps toujours en tension. La froideur du flash enlève tout aspect romancé aux images. L’expression de sa grand-mère est rarement rieuse, à l’exception d’une fois où elle se réchauffe sous une couverture avec l’une de ses filles. La plupart du temps elle paraît sévère, voire menaçante, mais toujours alerte et curieuse. Curieuse de ce qui va arriver.



Passerelle
41, rue Charles Berthelot  29200 Brest
Tél. +33 (0)2 98 43 34 95
http://www.cac-passerelle.com

Ouvert le mardi de 14h à 20h et du mercredi au samedi de 14h à 18h30
Fermé les dimanches, lundis et jours fériés

1. legende temporaire

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