23/09/12 > 03/02/13

Charles Fréger

Le Point du Jour, Cherbourg


Seconde Peau
Portraits photographiques et uniformes

Alors qu'il est encore étudiant dans une école d'art, Charles Fréger commence à photographier des jeunes gens appartenant à des groupes qui impliquent le port d'une tenue spécifique, généralement uniforme. Il n'a pas cessé depuis. Ce sont toujours des portraits posés, frontaux, dans lesquels les personnages apparaissent au centre de l'image. Ainsi s'établit une équivalence entre un sujet et la manière de le représenter : le sous-titre de chacune de ses séries,  « Portraits photographiques et uniformes », désigne autant des personnes habillées de manière semblable que des images réalisées dans le même style. 



La série des Winner face (« visage vainqueur »), extrait de la série des patineuses finlandaises « Steps » (2001-02), pousse à l'extrême cette identification. La contrainte formelle reflète la rigidité des corps. Le mécanisme de l'appareil reproduit des expressions mécaniques. C'est l'aspect « images d'épinal » du travail de Charles Fréger. Ses photographies apparaissent comme des représentations toutes faites, flirtant parfois avec la propagande ou la publicité.

Pourtant, chaque « portrait uniforme » est aussi une pièce unique. Ce goal de la série
« Water polo
» (2000) ou cette actrice de théâtre traditionnel chinois de la série « Opera » (2005) tiennent, au sein du groupe, un rôle qui leur préexiste mais qu'ils sont seuls à incarner. L'individu, en s'effaçant, s'affirme. Et de même que le choix d'un costume anonyme peut exprimer une capacité singulière, un parti pris d'objectivité peut faire l'acuité d'un regard.



Dans le portfolio extrait de la série « Majorettes » (2000-01), les costumes changent ainsi que le nombre des personnages, les distances et les fonds. Chacun de ces régiments de la série « Empire » (2004-06) possède des usages qui les distinguent. En endossant leur uniforme, l'individu se charge d'une tradition. Dans la série des « Rikishi » (2002-03), lutteurs de sumo, l'uniforme se réduit à une ceinture mais la discipline traditionnelle va jusqu'à façonner les corps, de l'enfance à l'âge adulte. La durée de l'existence humaine épouse une histoire multiséculaire.

La superposition des temps peut produire d'étranges croisements. Les « Hereros » (2007), communauté de Namibie, continuent de porter d'anciens costumes hérités du colonisateur. Les soldats du « Sikh Regiment of India » (2010) associent le turban traditionnel et l'uniforme britannique tandis que de jeunes maoris sont habillés en college boy dans la série « Short school haka » (2009). Les danseuses brésiliennes de la série « Fantasias » (2008) sont transformées par leur tenue de carnaval en gigantesques oiseaux. Dans la série « Wilder mann » (2010-11), des hommes revêtent, lors de mascarades ancestrales, des costumes de « sauvages ».
 


Face à ses modèles, le photographe est, comme eux, à la fois passif et actif. D'un côté, il fixe leur apparence. De l'autre, à force de précision, les figures se métamorphosent. Les patineuses sont tellement corsetées qu'elles en deviennent martiales. Les militaires sont apprêtés comme dans des robes de bal. L'héroïque touche au grotesque, la perfection au monstrueux. Ainsi atteint-on une espèce de réalisme fantastique.  



Deux regards communiquent sans se toucher. La photographie permet de s'approcher au plus près, mais constitue une limite infranchissable. Il y a quelques années, Charles Fréger est passé de l'autre côté du miroir. Il a créé son propre uniforme inspiré par ceux de régiments d'« Empire ». Désormais, lors du vernissage de certaines de ses expositions, le photographe s'expose, avec un autre garde anonyme, au regard des visiteurs. L'uniforme colle au corps, comme la forme tient au fond. L'image elle-même est une seconde peau.

Vernissage samedi 22 septembre à 18h
Rencontre avec l'artiste le dimanche 23 septembre à 15h



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