23/05/15 > 04/07/15

Una Hamilton Helle

Le Bon Accueil, Rennes


Becoming the Forest

"A me sentir ainsi entouré de ces arbustes en rangs serrés qui faisaient régner une obscurité s'épaississant à mesure que tombait le soir, sans cependant cesser de s'agiter furieusement dans le vent, me vint l'idée étrange et désagréable que nous avions franchi les limites d'un monde différent, où nous étions des intrus, où l'on ne nous attendais pas, où l'on ne nous invitait pas à rester, où nous pouvions courir des risques graves."
Algernon Blackwood, Les Saules, 1907.

Pour cette première exposition en France d'Una Hamilton Helle, présentée dans le cadre du festival Oodaaq, Le Bon Accueil a proposé à l'artiste norvégienne de nous faire découvrir son travail lié à l'univers du Black Metal scandinave.

Una Hamilton Helle s' en approprie les codes et les thèmes, révélant autant les mécanismes de cet univers qu'elle nourrit ses propres préoccupations artistiques liées à la façon dont nous forgeons nos identités. Dans la perspective de la question de la formation identitaire, Le Black Metal lui offre un terrain propice et exemplaire comportant de nombreux points de convergence avec sa propre pratique. Influence du paysage et de l'environnement sur les êtres, intérêt pour un imaginaire lié à la magie, au moyen-âge fantastique, et à la façon dont cet imaginaire vient influer sur la perception du réel pour créer un univers cohérent existant en marge de la norme sociale et des formes de cultures dominantes.

La séries d'images Becoming the Forest, qui sera présentée durant cette exposition, est à ce titre significative de la façon dont Una Hamilton Helle sait à la fois rendre hommage à l'univers puissant et inquiétant du Black Metal, et dont elle le rapproche de l'idée de construction identitaire inhérente à de nombreuses subcultures.

Constituée de photomontages réalisés à partir de photocopies noir et blanc de photos de groupes posant dans la neige parfois armés d'épées et autres masses d'arme, Becoming the Forest souligne avec une économie de moyens autant la thématique de la nature sauvage voire maléfique, que les références à un lointain passé viking fait de cultes païens si ce n'est celui des héros d'Hawkmoon ou Elric. L'image intitulée Cut remplace la tête de trois musiciens posant lourdement équipés de bracelets cloutés par une ligne d'horizon déchirée par les cimes acérées de conifères. Dans le montage intitulé Mask c'est un visage rendu fantomatique par l'utilisation du corpse paint, maquillage typique qui a participé à la renommée du Black Metal, qui émerge des ténèbres en partie dévoré par une forêt inversée.

Evoquant à la fois des pochettes comme celles de Darktrhone (Under a Funeral Moon) ou les photos du groupe Immortal, le procédé visuel du photomontage souligne cet intérêt pour la forêt et une nature hostile. Il met ainsi également en avant l'impact de celle-ci sur la construction de l'univers du Black Metal. Un univers suffisamment puissant par ses visuels et ses thématique pour essaimer au-delà des pays scandinaves comme le montrent les pochettes de paysages à la fois majestueux et austères de groupes nord américains, ou de groupes européens à l'instar de Behemoth (PL) et de leur album From a Pagan Vastlands.
Enfin, le choix du noir et blanc fait par l'artiste, s'il fait écho aux choix graphiques de nombreux groupes de Black Metal, rend également plus efficace le système du photomontage et souligne d'autant mieux l'assimilation voire la fusion des musiciens avec la nature et les paysages hivernaux scandinaves.

La vidéo Nekrosus nous emmène un peu plus loin dans ces forêts neigeuses et inhospitalières qui de lieux désolés passent à celui de lieux habités par des présences ancestrales où l'homme moderne n'a pas sa place. L'artiste fait avec cette œuvre usage du chant agressif et inquiétant typique du Black Metal. La vidéo tournée en caméra subjective nous emmène explorer ce paysage de conifères traversé du chuchotementdes vents dans leurs aiguilles. Le texte écrit par Una Hamilton Helle, puisant tout à la fois dans les légendes nordiques du petit peuple et dans le répertoire du Black Metal, ainsi que cette voix au caractère maléfique rendent manifestes les liens qui unissent le Black Metal au folklore scandinave. Cette oeuvre se fait également le reflet de la façon dont la réalité peut s'entrelacer avec l'imaginaire, et dont le fonds mythologique et folklorique déjà une première fois digéré par la littérature d'Heroic Fantasy est a nouveaux mis à contribution dans l'univers du Black Metal.

Una Hamilton Helle, norvégienne, cela peut être une forme de gageure, et amatrice de ce genre de metal extrême, dépasse dans ses œuvres un travail qui pourrait s'avérer être une fastidieuse herméneutique. Ses collages, collectes d'images et vidéos sont également des oeuvres viscérales, nourries de motifs récurrents à l'instar des sombres masses de conifère aux contours aussi aigues qu'une rangée de crocs, capables de nous entraîner dans cet univers peuplé de créatures tapies dans l'ombre.

(Damien Simon)

Dans le cadre et en partenariat avec le Festival Oodaaq.
Vernissage et ouverture du Festival Oodaaq le vendredi 22 mai à partir de 18h30


Le Bon Accueil
74 Canal Saint-Martin 357000 Rennes 
Tél. 09 53 84 45 42  
http://bon-accueil.org/

Du mercredi au samedi de 14h00 à 18h00

Oodaaq
http://www.loeildoodaaq.fr/accueil.php

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