05/06/15 > 30/09/15

Festival Photo

La Gacilly, Morbihan


Que mangerons-nous demain ? Comment subvenir aux besoins d’un monde qui comptera plus de 9 milliards d’habitants en 2050 ? Plus qu’un simple questionnement humaniste, nous sommes confrontés désormais à un véritable problème de fond, à un bouleversement futur des relations géopolitiques internationales. L’enjeu ? Favoriser l’autosuffisance alimentaire des pays aujourd’hui déficitaires, produire plus et produire mieux pour répondre aux besoins quantitatifs croissants tout en préservant les potentialités naturelles de la planète. Et enfin, allier quantité et qualité en veillant à la sécurité sanitaire, l’équilibre nutritionnel, la dimension « plaisir » et les savoir-faire culinaires. Comment dès lors assurer à toute l’humanité une alimentation suffisante, de qualité, saine et durable ? Ce sera l’objet de la prochaine Exposition universelle qui se tiendra à Milan du 1er mai au 31 octobre 2015, avec précisément pour thème : « Nourrir la planète, énergie pour la Vie ». 141 pays, dont la France, participeront à cet événement qui devrait accueillir plus de 20 millions de visiteurs dont un million de Français ! Pour sa 12e édition, le Festival Photo La Gacilly, soucieux depuis ses débuts du lien unissant l’Homme à la Terre, ne pouvait passer à côté de ce grand rendez-vous. Il s’est même associé à la cité lombarde en devenant son ambassadeur en Bretagne, le partenaire privilégié de l’Expo Milan 2015. C’est pourquoi notre programmation fera la part belle à la photographie italienne, tout en mettant l’accent sur les comportements alimentaires de nos cinq continents. Une ode à l’émerveillement certes, mais aussi une invitation au voyage pour faire de chacun de nous des êtres responsables.

Hommage à la photographie italienne

Ainsi, l’espace d’un été, du 5 juin au 30 septembre, par la magie des auteurs transalpins, les venelles de La Gacilly s’ouvriront aux théâtres antiques ou à la campagne toscane, les jardins de notre village accueilleront des situations dignes de la Comedia dell’arte ou de la vie rurale des environs de Vérone et Ancône, les murs végétaux afficheront les attitudes, les visages de ceux qui incarnent cette société si latine.
Mario Giacomelli, un modèle pour tous les photographes de l’abstraction, nous a quittés en 2000. Avec poésie, car il était aussi un poète, il a capté, dans l’alambic d’un noir et blanc hypercontrasté, les blessures des hommes et de la terre : nous rendrons hommage à son œuvre immense en montrant ses images de villageois de Scanno, de paysans figés dans l’éternité, de séminaristes jouant dans la neige, de champs couverts de sillons, de vols d’oiseaux obscurcissant l’espace.
Contemporain de Giacomelli, Piergiorgio Branzi a une révélation quand il se rend pour la première fois à une exposition d’Henri Cartier-Bresson dans les années cinquante. Ses clichés ouvrent un nouveau chapitre dans l’histoire de la photographie italienne, celui du réalisme-formalisme, en saisissant l’instant d’une scène de rue dans un jeu permanent d’ombres et de lumières.
Avec Massimo Siragusa (né en 1958), nous arpenterons les espaces aménagés de Milan, Venise, ou Naples, quand l’homme devient infiniment petit face aux monuments qu’il a créés et qui défient le temps. Ce Romain se définit comme un artiste et ses grands formats en couleur, photographiés frontalement, sont comme les toiles des paysagistes du XVIIIe siècle.
Dans cet univers onirique, Paolo Ventura (né en 1968) a grandi dans la mémoire des années 1940 racontée par ses grands- parents. Son imaginaire s’est emballé et il a conçu de reconstruire de « vrais faux » souvenirs sous forme de maquettes miniatures dont les photographies sont aujourd’hui les seules traces : nous exposerons des images géantes de ce théâtre d’illusion où les individus sont en réalité de petites figurines de poupées et les décors du carton-pâte.
Deux auteurs, enfin, que tout oppose, affronteront leur regard sur leur Italie natale dans un amical «mano a mano»: dans les années 1970, Franco Fontana a ramené le paysage à des structures abstraites et s’est intéressé autant à la composition qu’à l’éclat et l’intensité de la couleur. Emanuele Scorcelletti (né en 1964), lui, est renommé pour ses photographies de célébrités et ses portfolios de stars cannoises dans les plus grands magazines. élevé à Paris où il vit, il vient de passer plusieurs mois dans la région des Marches à la recherche de ses propres racines : un hommage en noir et blanc à son père disparu, dans une campagne hors du temps.

Dans la diversité de cette photographie italienne, nous avons aussi choisi de rendre hommage à trois générations d’auteurs documentaires, qui ont en commun cette volonté de saisir les beautés et les maux d’un monde qui s’effacent, d’une société confrontée au progrès.
Mirella Ricciardi (née en 1933), a longtemps vécu au Kenya : elle se décrit comme « une enfant de l’Afrique protégée par le ciel étoilé et réveillée par le soleil levant, avec la nature pour professeur ». Ses portraits de Massaï, de femmes maliennes, de guerriers soudanais avaient ému le public il y a quarante ans. Nous avons souhaité les remettre à l’honneur.
Paolo Pellegrin (né en 1964) est probablement le photographe le plus primé, par ses images prises dans des zones de conflit ou de guerre civile. Au Pakistan, en Palestine, en Afghanistan, en Irak, nous avons choisi d’exposer en très grands formats ces paysages bouleversés, meurtris par les combats des hommes.
Alessandro Grassani (né en 1977) est, quant à lui, un jeune photojournaliste à l’avenir prometteur. En 2009, il a débuté son projet sur les « migrants environnementaux » et s’est rendu au Bangladesh, en Ethiopie, en Mongolie pour suivre ces réfugiés climatiques qui fuient leur campagne pour la ville où ils vont connaître précarité et habitats de fortune, loin de l’eldorado espéré. Ses images seront pour la première fois dévoilées au public.

Nourrir la planète

Mais, nous l’avons dit en préambule, notre terre nourricière est exsangue: d’ici à 2050, nous aurons vraisemblablement 2 milliards de bouches supplémentaires à nourrir. Un état des lieux s’impose. Depuis des décennies, on a très fortement augmenté la productivité agricole mais en consommant quatre fois plus de terres, d’eau, d’énergie et de chimie. Or, ces quatre « plus » deviennent précisément quatre « moins » au XXIe siècle, d’autant plus que les rendements stagnent à nouveau. L’Expo Milan 2015 se fait un point d’honneur de vouloir tirer la sonnette d’alarme. Pour illustrer ce constat alarmant, elle a fait appel à neuf photographes de renommée internationale. Sous la houlette de Roberto Koch, directeur de l’agence Contrasto – le « Magnum italien » –, Sebastião Salgado, Martin Parr, Alex Webb, Joel Meyerowitz, Ferdinando Scianna, ... ont sillonné la planète pour décrypter en images ce phénomène de l’alimentation. Leur travail sera exposé à Milan mais aussi, dans le cadre de notre partenariat, à La Gacilly. Avec une première, à savoir un pavillon transformé en une immense chambre noire présentant ces travaux sous forme numérique.
Le prestigieux National Geographic continuera d’accompagner notre Festival. Pendant un an, il a publié dans ses pages une série époustouflante de reportages sur l’avenir de l’alimentation, en étudiant les moyens de parvenir à l’autosuffisance pour tous, sans saccager la planète. Nous avons retenu trois de leurs auteurs qui résument bien la démarche voulue par ce grand magazine américain.
George Steinmetz s’est penché sur l’agriculture de l’extrême, ou comment la surproduction et l’industrialisation sont devenues indispensables pour toute la filière alimentaire des pays occidentaux: des images saisissantes de champs à perte de vue au Kansas, d’élevages de volailles en batteries au Brésil, ou de pisciculture intensive en Chine.
Robin Hammond, récemment couronné par le Prix Eugène Smith, a séjourné dans six pays de l’Afrique subsaharienne qui ont totalement modifié leurs techniques agricoles ancestrales en se donnant pour mission d’exporter leurs ressources. Des clichés bien loin des stéréotypes, pour un continent qui pourrait être le grenier à blé de demain.
Enfin, le français Matthieu Paley a posé son objectif sur les « alimentations primitives » telles qu’elles s’inscrivent dans leur contexte géographique, cette nourriture saine et sans fioriture que l’on continue de préparer chez les nomades d’Afghanistan, dans les ethnies de Tanzanie, voire en Europe, en Crête par exemple.

Pour compléter ce panorama à travers le monde, il nous importait d’éveiller les consciences en montrant au public gacillien, un sujet aussi ludique que sociologique. Le photographe américain Peter Menzel a parcouru 24 pays pour capter en images la façon dont les hommes se nourrissent d’un point à l’autre du globe. Ainsi, depuis des années, il s’installe dans le quotidien de dizaines de familles ordinaires pour observer leurs modes d’alimentation. Il leur demande ensuite de poser avec le contenu d’une semaine de courses. Ses portraits parlent plus que tous les tableaux statistiques: l’abondance des pays occidentaux face à la pauvreté du sud n’est pas une nouveauté, mais les contrastent sautent aux yeux...
Reste la France. En soixante ans, notre agriculture a réussi à nourrir une population augmentée de 50 %, alors que les emplois du secteur agricole étaient divisés par 10. Les filières agroalimentaires sont devenues un des piliers de l’économie et de nos exportations. Concernant notre territoire, la Bretagne est la première région agricole française et 46 % de l’emploi du Morbihan est lié aux secteurs de l’agroalimentaire. Logique, dans ces conditions, que nous mettions en lumière ces femmes et ces hommes qui subviennent à des besoins nutrition- nels au-delà de notre région, dans le cadre de la commande réalisée par le Conseil général du Morbihan. Le photographe Stéphane Lavoué, portraitiste de renom, est donc parti à la rencontre de ces petits et grands producteurs, certifiés bio ou pas, qui « nourrissent » la Bretagne et au-delà ... Un inventaire photographique à l’heure où le débat sur les moyens de relever le défi alimentaire s’est clivé, vdressant l’agriculture conventionnelle et le commerce international contre l’agriculture biologique et les réseaux de proximité. En contrepoint de ce travail, le Musée de Bretagne, à Rennes, nous a ouvert ses archives, pour exhumer un trésor photographique sur une agriculture et un commerce alimentaire désormais révolus. Un témoignage qui devrait permettre aux plus grands d’entre nous de retrouver avec nostalgie des souvenirs de leur passé.

Histoires Naturelles


Pour clore cette programmation, comme un cadeau aux festivaliers, nous honorerons le travail de deux artistes français d’exception qui ont su esthétiser la nature.
Vincent Munier (né en 1976) est l’égal des plus grands dans le domaine de la photographie animalière. L’ensemble du labyrinthe végétal lui sera dédié pour magnifier sa vision poétique d’une vie sauvage venue du froid qui hante les paysages enneigés d’une terre où l’homme semble étrangement absent.
Quant à Sarah Moon, si prisée par les collectionneurs et les galeries d’art, elle nous fait l’honneur d’accepter notre invitation : une œuvre unique, colorée, détachée de la réalité, des images d’illusion, de séduction, de rêve qui réenchantent notre champ du réel.

(Cyril Drouhet Commissaire des expositions
Florence Drouhet Directrice artistique)


Festival Photo La Gacilly
Rue des Graveurs - BP 11 - 56204 La Gacilly Tél. +33 2 99 08 68 00
www.festivalphoto-lagacilly.com

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